Les ruisselantes

Les Ruisselantes, est un tableau vivant d’une figure féminine, le tableau d’un corps tremblant sous la pluie, d’une statuette en décomposition, d’une poupée désarticulée peut-être aussi ou d’une déesse qui se découpe dans un paysage apocalyptique où seul le son de l’eau résonne.
Pendant 16.47 minutes, le spectateur découvre une performance filmée, où l’eau et la terre sont unies et où une figure trempée de boue et de liquide s’agite doucement. Nour Awada a séjourné en Amazonie en 2011, dans le cadre d’une résidence d’artistes – avec le collectif le degré 7 – , précédant la réalisation des Ruisselantes. Lors de cette période d’apprentissage avec des potières de la région, elle fait l’expérience de l’utilisation sacrée de la terre, la démarche d’aller la chercher dans des gisements, prenant conscience de sa préciosité. Il faut être en silence pour la ramasser. Rite en soi, cette expérience du geste et de la création est un moment précurseur dans son travail.
Avec les Ruisselantes, tournée dans un champ du nord de la France, en plein air, en puisant dans les nappes phréatiques du sol et mettant à l’épreuve ce corps sous une eau à 5 degré, c’est à la fois un rite de purification mais surtout un rite de passage qui est mis en relief : Nour Awada pousse les limites de son corps, en tant qu’individu artiste et en tant que femme artiste, elle passe de l’état d’une jeune diplômée en art à une artiste plus assumée, plus émancipée. Œuvre fondatrice de tout ce qui va suivre dans sa carrière, les Ruisselantes est la genèse de son travail.
La performance qu’elle pratique régulièrement depuis cette période – et pour laquelle elle a monté un rare laboratoire de recherches, (LAP, laboratoire des arts de la performance) – est un de ses outils de création privilégiés.  La quête d’un épuisement physique permet un état menant à une vérité plus forte, un réel plus exacerbé. C’est également une communion avec le public.
La figure de l’extase féminine, religieuse, la forme de la contorsion dans l’histoire de l’art, sont les actuels sujets de recherche de l’artiste. Ils apparaissent comme la suite naturelle de l’exploration spirituelle et mythologique engagée par Nour Awada.

 

Les Ruisselantes, is a living painting of a female figure, the painting of a body trembling in the rain, of a decomposing statuette, of a disarticulated doll perhaps also or of a goddess who is cut out in an apocalyptic landscape where only the sound of water resonates.
For 16.47 minutes, the spectator discovers a filmed performance, where water and earth are united and a figure soaked in mud and liquid is gently stirring. Nour Awada stayed in the Amazon in 2011, as part of an artist residency – with the collective le degré 7 -, preceding the creation of Les Ruisselantes. During this period of apprenticeship with local potters, she experienced the sacred use of the earth, the process of searching for it in deposits, becoming aware of its preciousness. It is necessary to be in silence to pick it up. Rite in itself, this experience of gesture and creation is a precursory moment in her work.
With Les Ruisselantes, shot in a field in the north of France, in the open air, drawing from the ground water table and putting this body to the test under 5 degrees of water, it is both a rite of purification but above all a rite of passage that is highlighted: Nour Awada pushes the limits of her body, as an individual artist and as a woman artist, she goes from the state of a young art graduate to a more assertive, more emancipated artist. The founding work of all that will follow in her career, Les Ruisselantes is the genesis of her work.
The performance that she has been practicing regularly since then – and for which she has set up a rare research laboratory (LAP, Laboratoire des arts de la performance) – is one of her preferred creative tools.  The quest for physical exhaustion allows a state leading to a stronger truth, a more exacerbated reality. It is also a communion with the public.
The figure of feminine, religious ecstasy, the form of contortion in the history of art, are the artist’s current subjects of research. They appear as the natural continuation of the spiritual and mythological exploration undertaken by Nour Awada.

Nour Awada

Nourrie d’une double culture, libanaise et française, Nour Awada a étudié la sculpture aux  Beaux-Arts de Paris dont elle sort diplômée en 2012. Elevée dans une famille progressiste, entre Beyrouth et Paris, avec un père profondément féministe, l’artiste a une réflexion largement engagée autour du corps féminin : un corps confronté à la contradiction de la tradition vs hyper modernité dans la culture arabe et des conflits identitaires qui en découlent. Sculptée (Glory Hole II  – 2012, les reliques de barbe bleu – 2016,  La dormante – 2018…) ou filmée (bleue – 2015, noire – 2015…) , la femme y est centrale depuis une dizaine d’année et s’y dévoile en fragments ou dans son entièreté.

 

Nourished by a double culture, Lebanese and French, Nour Awada studied sculpture at the Beaux-Arts de Paris from which she graduated in 2012. Raised in a progressive family, between Beirut and Paris, with a deeply feminist father, the artist has a widely engaged reflection around the female body: a body confronted with the contradiction of tradition vs. hyper modernity in Arab culture and the identity conflicts that arise from it. Sculpted (Glory Hole II – 2012, the relics of the blue beard – 2016, The sleeping woman – 2018…) or filmed (blue – 2015, black – 2015…), the woman has been central to this work for the last ten years or so and is revealed in fragments or in its entirety.

Lauréate

Talents Contemporains, édition 2012, catégorie vidéo