Annonce des lauréats
Talents Contemporains 10ème édition

Cinq comités d’experts ont sélectionné en mars dernier les œuvres ou projets de 30 finalistes parmi les 794 candidats originaires de 70 pays. 

Le grand jury 2021 présidé par Jean-Noël Jeanneney, est composé de :

Constance de Monbrison – Responsable des collections Insulinde, musée du quai Branly – Jacques Chirac (Paris)
Alfred Pacquement – Conservateur général honoraire du patrimoine (Paris)
Chiara Parisi – Directrice du Centre Pompidou – Metz (Metz)
Ernest Pignon-Ernest – Artiste (Paris)
Roland Wetzel – Directeur du Musée Tinguely (Bâle) 

Réuni le 11 juin, il a sélectionné parmi les finalistes les 4 lauréats 2021 qui bénéficieront d’une exposition collective dans le centre d’art de la Fondation, d’une publication bilingue et de l’acquisition de leur œuvre. Les œuvres de Bianca Bondi, Elivia Teotski, du collectif EthnoGraphic et Sidorenko-Dutca déjà existantes, rejoindront la collection de la Fondation.

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Les lauréats

Bianca Bondi

Née en 1986 à Johannesburg (Afrique du Sud) | Vit et travaille en Île-de-France (France)

 

Pluridisciplinaire, sa pratique implique l’activation d’objets et se développe souvent en lien avec le site au sein duquel elle intervient. Les matériaux qu’elle travaille sont choisis pour leur potentiel de transformation ou leurs propriétés intrinsèques. Ses œuvres ont notamment été exposées à Plato (République tchèque, 2017), TagTeam Studio (Norvège, 2017), MoCo (France, 2018) BOZAR (Belgique, 2019), Sferik (Mexique, 2019), Het HEM (Pays-Bas, 2020), et dans le cadre des Biennales de Lyon en 2019, et de Busan en 2020. 

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The Wishing Well II, 2020. Sculpture, 70 x 33 x 25 cm. 

 

Cette sculpture de l’artiste Bianca Bondi est composée d’un petit tabouret dans lequel se retrouve divers matériaux : pâte à sel, pièces de monnaie, gant de cuir. Comme le titre l’indique, « The Wishing Well » – « souhaiter bonne chance » – rappelle un puits à souhaits où le concept est de lancer une pièce et de faire un vœu. L’œuvre fait partie d’une série plus large intitulée également ​Wishing Well : l’artiste a voulu y reconsidérer l’acte automatique de la demande et la remplacer par la reconnaissance. Lorsque des pièces en cuivre sont jetées dans ces œuvres par les visiteurs qui sont incités à le faire, une transformation matérielle a lieu, le liquide oxyde les pièces, et les pièces changent la couleur de l’eau. Cette oxydation produit du vert-de-gris, qui est une matière associée à la bienveillance. Tout comme l’image de la main tendue, ici représentée par un gant en cuir, qui demande simultanément à recevoir autant qu’elle offre de l’aide, la main symbolise la dualité nous rappelant que nous avons toujours le choix. 

Elvia Teotski

Née en 1983 à Toulouse (France) | Vit et travaille à Marseille (France)

 

Au départ, le parcours d’Elvia Teotski ne la destinait pas à la pratique de l’art. Son cursus s’est d’abord inscrit dans le domaine de l’agronomie et la sociologie du monde rural. Elle a finalement obtenu son DNSEP aux Beaux-Arts de Toulon en 2014. Son travail explore le caractère précaire des matériaux les plus humbles : de la bulle de savon au grain de poussière ou de la feuille de gélatine au déchet de rue. L’intérêt – exagéré – porté à tous ces petits riens pose un regard curieux et distancié sur le banal et l’ordinaire.

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Spleen microbien 2.0, 2020. Installation, dimensions variables.

 

Cette collection de formes correspond à la version stabilisée d’une installation antérieure, Spleen microbien, composée d’un ensemble de colonnes gélatineuses réalisées à partir de gélifiant naturel extrait d’une algue rouge, connue sous le nom d’agar-agar. À peine démoulées, les colonnes ont entamé leur métamorphose organique au contact de l’air et sous l’effet du développement d’un microbiote en surface. Cette transformation s’accompagne également d’un autre phénomène de dessiccation, dû à l’inévitable évaporation de leur principal constituant, l’eau. Produisant alors l’archéologie de leur existence propre, ces œuvres-fossiles portent les traces de leur décomposition et mettent en exergue la déconstruction entropique du pourrissement. Cette version 2.0 déjoue le registre de la disparition et affirme avec humour un sempiternel retour d’informes. 

Collectif EthnoGraphic

Nés en 1957, 1978 et 1979 à Juiz de Fora (Brésil), à Ploemeur et à Caen (France) | Vivent et travaillent entre la France et le Brésil

 

« Aller à la rencontre de… » : c’est la métrologie que poursuit le collectif EthnoGraphic qu’Émilie Renault et Ghislain Botto fondent en 2010. Le collectif utilise l’ethnographie comme moyen d’approche et l’associe à une production artistique contemporaine transdisciplinaire. Les œuvres produites s’inscrivent dans l’espace public comme des lieux dédiés à l’expérimentation collective pour enclencher le débat, apporter des outils et transmettre. Letícia Panisset céramiste brésilienne rejoint le collectif sur le projet Fazer Viver en 2017.

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InventaRios, 2019. Installation, 40 x 1600 x 40 cm.

 

L’œuvre InventaRios est la restitution d’un projet plus global, FazerViver mêlant céramique, vidéo, édition et prenant la forme d’un paysage. Le titre signifie à la fois, « Inventar Rio » ou « Inventer la rivière pour signifier la rivière », « Inventariar Rios » ou « Inventorier la rivière pour inventorier un bassin versant ». Ce projet a été mené par le collectif EthnoGraphic durant trois ans sur les modes de vie dans le Sertão, région reculée du Minas Gerais au Brésil. Letícia Panisset, Ghislain Botto et Émilie Renault se sont déplacés avec une carte tout au long du bassin du Capivari et ont demandé aux habitants de nommer les cours d’eau anonymes sur la carte tout en enregistrant un flux abondant d’histoires liées à l’eau. Petit à petit une cartographie sensible de la rivière et de ses affluents se dessine, on y perçoit les expériences intimes qu’entretiennent les résidents avec leurs cours d’eau. Ils ont relevé pas moins de 93 manières de nommer l’eau : « mon eau  », « une eau si jolie », « eau qui pleut » ou encore « eau qui réapprovisionne ma maison ». Au cours des rencontres et des récits individuels se dessine une disparition progressive des cours d’eau.

Sidorenko-Dutca (collectif)

Nés en 1995 à Bender (Moldavie) et à Gornyak (Russie)  | Vivent et travaillent à Bender (Moldavie)

 

Carolina Dutca travaille la photographie, la vidéo, l’installation et le texte. Ses projets artistiques sont liés au thème des relations, de la maison, de la nature et de la mémoire. En collaboration avec Valentin Sidorenko, elle joue avec le temps. Ils se remémorent les contes de fées, l’enfance et la méchanceté. Valentin Sidorenko outre la photographie et l’animation, travaille avec des films documentaires.

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Apa, 2020. Photographies, 15 x (100 x 80) cm.

 

La série de photographies Apa a été réalisée au bord de la rivière Dniester en Transnistrie (région de la Moldavie), où les nénuphars blancs sont actuellement en voie de disparition. La série illustre l’histoire d’une ancienne professeure de biologie Elena Nikolaevna, qui se rendait tous les jours au bord de la rivière pour nourrir les poissons avec des biscuits. Lorsqu’elle était enfant, son père aimait lui raconter qu’il y a environ 300 millions d’années, sur les rives du fleuve Dniestr, vivait une espèce particulière d’amphibiens, ni aquatiques, ni terrestres, ils étaient très discrets :  les Labyrinthodontia Buccellatum. Un jour, Elena découvrit un œuf de cette espèce au bord de la rivière. Elle le baptisa Apa dont la signification en moldave est «eau». Chaque vendredi elle ramasse des déchets avec cette créature qu’elle considère comme son enfant au bord de rivière pour fabriquer avec lui des tapis en forme de nénuphars magiques.