Talents Contemporains 11ème édition
Lauréats

Quatre comités d’experts ont sélectionné en février dernier les œuvres ou projets de 30 finalistes parmi les 432 candidats originaires de 36 pays. 

Le grand jury 2022, placé sous la présidence de Jean-Noël Jeanneney, était composé de :

Rosa-Maria Malet – Directrice de la Fondation Miró 1980 – 2017, membre du Conseil d’administration (Barcelone)
Constance de Monbrison – Responsable des collections Insulinde, musée du quai Branly – Jacques Chirac (Paris)
Alfred Pacquement – Conservateur général honoraire du patrimoine (Paris)
Chiara Parisi – Directrice du Centre Pompidou – Metz (Metz)

Les artistes révélés pour cette 11ème édition sont Marie-Anita Gaube, M’hammed Kilito, Eva Medin et Sarah Ritter.
Marie-Anita Gaube présente une peinture aux accents surréalistes intitulée Can’t run away from yourself ; M’hammed Kilito propose un polyptique de photographies Hooked to paradise qui aborde les enjeux de la dégradation des oasis au Maroc ; Eva Medin réalise une « fable chorégraphique » vidéo, intitulée L’Europe après la pluie, inspirée du livre de science-fiction de Philippe Curval et d’une peinture de Max Ernst et enfin Sarah Ritter avec sa série de 20 photographies, Les vagues scélérates, explore les espaces des savoirs scientifiques.

Nous félicitons chaleureusement les artistes et nous nous réjouissons d’accueillir prochainement leurs œuvres dans la collection.

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Les lauréats

Marie-Anita Gaube

Née en 1986 à Paris (France) | Vit et travaille à Tours (France)

Diplômée de l’école des Beaux Arts de Lyon en 2012, Marie-Anita Gaube interroge les notions d’hétérotopies, qui, telles que les définissait Michel Foucault, représentent des « espaces autres » inscrits dans la réalité. La peinture devient alors un espace contestataire, un lieu de projections utopiques ou fantasmes au sein de la société. Son travail a été exposé récemment au CCC OD à Tours, au musée Paul Dini, ainsi qu’au Danemark ou au Mexique. En 2015, elle est lauréate de la Fondation Colas.

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Can’t run away from yourself, 2020. Acrylique et huile sur toile, 237 × 290 cm.

Can’t run away from yourself est une peinture en expansion, où le monde semble avancer sans cesse vers un mouvement intérieur. Il s’agit d’un passage, un rite. L’eau érode certains espaces de la scène, sculpte les montagnes vaporeuses pour s’ouvrir sur un paysage céleste dans la partie supérieure du tableau. C’est elle qui s’évapore en brouillard, presque domptée par ce singe jouant une musique enivrante, donnant au lointain ce bleu caractéristique. L’eau comme objet de métamorphose d’un monde, en soi, à soi. Un jeu de torsions et de ricochets impose au regard de basculer de l’autre côté ou «en-dedans». La nature qu’on croyait immobile et muette, prolonge sa réalité sous des fonds de lumières, dans la végétation ou des constructions humaines. Des corps vaporeux, lavés, semblent quant à eux se soustraire parfois à la scène ou en métamorphose. L’artiste nous place devant son œuvre comme elle nous placerait face à nous-même, comme son titre le suggère, l’on ne peut fuir de soi-même.

M’hammed Kilito

Né en 1981 à Lviv (Ukraine) | Vit et travaille à Rabat (Maroc)

La pratique photographique de M’hammed Kilito explore la relation entre des communautés et leur environnement et questionne l’identité culturelle, la sociologie du travail et le changement climatique. Il est lauréat de la Fondation Magnum et du Fonds Prince Claus (2017), a remporté le prix 6×6 Global Talent de World Press Photo (2020) et le prix de la photographie africaine contemporaine (2020). Ses photographies font partie des collections du CNAP et de la Fondation des Treilles.

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Hooked to paradise, 2021. Photographies, 5 × (80 × 80) cm.

Dans ce polyptyque composé de 5 photographies issues de la série Hooked to paradise, M’hammed Kilito documente les enjeux complexes de la dégradation des oasis au Maroc et son impact sur ses habitants. L’eau est l’élément vital de la genèse des oasis et de leur biodiversité. Avec des cycles de sécheresse de plus en plus fréquents et dévastateurs, les oasis, autrefois boucliers contre la désertification, sont désormais menacées d’extinction. Le stress hydrique engendré entraine ainsi une diminution des activités agricoles et d’élevage et accélère le déplacement des populations autochtones. Selon les statistiques officielles du ministère marocain de l’agriculture, au cours du siècle dernier, le Maroc a déjà perdu deux tiers de ses 14 millions de palmiers. Ce projet est né de l’urgence et de la demande collective de trouver une solution à cette catastrophe environnementale. Hooked to paradise met en exergue les multiples préoccupations des populations locales, rarement couvertes par les médias et largement méconnues du grand public.

Eva Medin

Née en 1988 à Rio de Janeiro (Brésil) | Vit et travaille à Paris (France)

Le travail d’Eva Medin fusionne arts de la scène et arts visuels, cinéma et théâtralité. S’inspirant de la science-fiction, elle génère des paysages immersifs, entre passé et avenir, terre et cosmos. Formée à l’école supérieure d’Art Plastique de Monaco et à l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Eva Medin est lauréate du prix des amis du Palais de Tokyo (2020). Son travail a notamment été exposé lors de la Biennale Manifesta et de la Biennale Chroniques, 2020 (Marseille) ou à la Drawing Now art fair, 2018 (Paris). Son travail est actuellement exposé au Palais de Tokyo.

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Le monde après la pluie, 2020. Vidéo, 10 min.

Le monde après la pluie est une fable chorégraphique inspirée du livre de science-fiction de Philippe Curval et d’une peinture de Max Ernst, L’Europe après la pluie. Deux œuvres dans lesquelles il est question de transformation, de renaissance et d’hybridation. Croisant un vocabulaire du cinéma, de la danse et de la sculpture, la vidéo d’Eva Medin revisite le thème de la métamorphose, à travers le motif de l’eau et la mise en scène d’une créature ambiguë. En regard de la crise écologique actuelle, l’artiste s’intéresse particulièrement à la science-fiction, qui met en lumière les dérives de nos sociétés et questionne l’avenir de l’humanité. Le personnage-sculpture de son œuvre vidéo est amené à une déconstruction et à une dégénérescence sous l’effet de la pluie, jusqu’à faire apparaître une créature nouvelle : entre l’organique, le minéral ou l’entité spirituelle. L’eau prend alors une place centrale dans ce travail : elle devient le liant qui permet d’interroger métaphoriquement les conditions d’un changement de paradigme en chacun de nous et dans nos sociétés.

Sarah Ritter

Née en 1978 à Besançon (France) | Vit et travaille à Besançon (France)

Suite à des études de philosophie, Sarah Ritter est diplômée de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles (2008). Son travail est récompensé par plusieurs prix, présent dans plusieurs collections publiques (FRAC Auvergne, FRAC Franche-Comté, FNAC). Lauréate du programme de recherche de l’Institut pour la photographie de Lille (2021) et de la commande nationale de la BNF « Radioscopie de la France » (2022), l’artiste publie une monographie aux éditions Loco en 2019, La nuit craque sous nos doigts, accompagnée d’une pièce de théâtre de Christophe Fiat. Son travail est actuellement exposé à la Biennale de la Photographie de Mulhouse.

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Les vagues scélérates, 2021. Photographies, 20 × (50 × 80) cm.

La série Les vagues scélérates composée de 20 photographies a pour origine une exploration des espaces de savoirs scientifiques. L’artiste découvre, au cours de ses recherches, que l’eau et la lumière se comportent de la même manière, à tel point que l’on parle de vagues scélérates dans les fibres optiques, comme sur l’océan. Fascinée par ce parallèle inattendu, Sarah Ritter découvre le monde de la mécanique des fluides et notamment des canaux à houle : sorte de longs couloirs de verre emplis d’eau dans lequel des vagues artificielles sont générées pour être étudiées. À partir de cet univers extrêmement artificiel, la série propose une recomposition de vagues impossibles, là même ou la logique est reine. La science est ici utilisée à rebours comme une scénographie des merveilles, des fictions agissantes et la photographie, en figeant le mouvement, sculpte les vagues et les métamorphoses. Notre croyance dans les images nous fait chercher de la cohérence là ou il n’y a que montage et vagues factices. Elles dessinent un univers en tension, entre un sable de plastique bleu et un océan que l’on ne comprend plus – un monde qui nous échappe, un monde incertain.